Retour sur les Consolations de Sénèque ou comment surmonter la souffrance et la mort.

La mort, le deuil ainsi que la souffrance et la mise à l’écart sont des sujets traités par le stoïcisme.

Les « Consolations » de Sénèque est un recueil de lettres à sa mère Helvia et à une autre femme, Marcia, qui a perdu son fils. Ce sont les plus vieux textes de Sénèque. Par l’intermédiaire des lettres il délivre un enseignement stoïcien pour affronter l’exil, la mort et le deuil ainsi que la souffrance. 

 

Les Consolations de Sénèque

Sénèque traite d’abord de l’exil

Contexte

Entre 41 et et 49 après JC, Sénèque est exilé en Corse sur ordre de l’empereur Claude. Il y restera pendant 8 ans. Et à l’époque, la Corse n’était pas considérée par les gens comme un coin sympa pour profiter de la plage en été. Non, Sénèque la décrit lui-même assez cruellement : « Est-il rien d’aussi nu, d’aussi escarpé de toutes parts que mon rocher ? Connaît-on un sol plus stérile ? Trouve-t-on une race d’hommes plus sauvage, un site plus affreux , un climat plus malsain ? » Bref à l’époque la Corse c’était vraiment la pampa et n’avait pas très bonne réputation.

Voilà la célèbre tour de Sénèque en Corse, avouez que la vue est quand même agréable

Comment se préparer à l’adversité ( et l’exil) grâce au stoïcisme ?

Dans les lettres à sa mère Helvia, il explique ne pas être malheureux sur son rocher perdu au milieu de nulle part, et ce malgré les nombreux désavantages, puisqu’il s’était déjà préparé à cette situation.

Il compare la situation de l’exil à celle de la fortune. Par exemple, une personne qui reçoit de l’argent et s’y accroche sans accepter l’idée qu’elle puisse un jour (demain ou dans 20 ans) perdre la totalité de ce qu’elle a gagné, sera détruite et malheureuse si cet événement devait se produire. Or la fortune est une chose que les stoïciens considèrent en partie ne pas pouvoir contrôler. En effet, nous n’avons aucun contrôle sur le fait qu’une crise économique puisse se produire et nous faire perdre notre argent, voire notre travail. Bien sûr, nous pouvons influencer notre volonté et nos actions pour se bouger et gagner plus, mais globalement, nous ne sommes pas maître de notre fortune. Il y aura toujours quelque chose de supérieur qui puisse l’influencer en mal sans que l’on ne puisse rien faire.

La méthode 

Sénèque non plus n’avait pas le contrôle de sa fortune, bien qu’il soit un des romains les plus riches à l’époque. Sa stratégie pour s’éviter toute souffrance face à ce genre d’événement est de simplement considérer que sa fortune peut disparaître du jour au lendemain, et qu’il n’a aucun contrôle dessus ; accepter cette idée est déjà la moitié de la solution. Il faut considérer que cela est une possibilité fort probable et que la raison nous empêche de ne pas la considérer.

 » Jamais pour ma part, je ne me suis fié à la fortune, même quand elle prenait des airs pacifiques ; tous les avantages dont elle me comblait très généreusement – argent, honneur, influence – je les ai mis à un endroit d’où elle pouvait les reprendre sans que cela ne me gêne. » – Sénèque

La méthode consiste alors à maintenir une distance mentale suffisante, une distance de sécurité qui permet à l’individu de ne pas être affecté par les pertes mais aussi de rester les pieds sur terres, car nombreuses sont les grandes fortunes romaines que l’argent a aveuglé et noyé dans des orgies qui sont devenu répugnantes et décadentes. Nous pouvons prendre en exemple des soldats, ceux entraîné à la guerre ne seront pas surpris lorsqu’elle viendra, mais ceux qui décident d’enfouir cette possibilité dans un coin et de ne pas s’entraîner seront pris par surprise et tués.

Dans la philosophie du stoïcisme on considère que les seules choses sur lesquelles nous avons réellement de l’influence à 100% sont notre volonté, nos pensées, nos perceptions et nos actions. Et Sénèque s’en prend dans ses lettres aux personnes qui justement oublient cela et sont trop attachés aux choses superficielles qui les plongent forcement à un moment donné, dans le désarroi. Si l’on est en mesure de garder un esprit indépendant dans la prospérité, celui-ci aura déjà expérimenté ce dont il est capable lorsque les situations difficiles feront surfaces et il restera le même, intacte.

 

Ce qu’est réellement l’exil selon Sénèque

« Eh bien ! C’est un changement de lieu », voilà comment il le résume, simplement le déplacement d’un lieu A vers un lieu B. Il admet qu’à ce déplacement s’ajoutent déshonneur, pauvreté et déconsidération. Mais ce genre de choses n’affligent pas un stoïcien qui s’en remettra très bien. Car les honneurs appartiennent aux jugement de la foule qui n’a pas d’importance car elle ne nous connaît pas réellement. La pauvreté est une chose subjective, est pauvre celui qui estime manquer de quelque chose, hors les stoïciens se contentent de ce qu’ils ont, non pas qu’ils subissent, mais qu’il choisissent de ne pas espérer sans cesse de nouvelles choses. Si l’on ressent le besoin sans cesse d’acquérir de nouvelles choses c’est que nous ne sommes pas heureux. Un stoïcien sera heureux même en exil. Quelqu’un qui vie dans les bois peu être aussi riche et heureux que quelqu’un de très riche, en terme d’argent, et qui possède une maison. Enfin, la déconsidération vient soit de la foule, ce qui n’est pas dérangeant, soit de personnes qui ne nous apprécient pas réellement. Le déshonneur, la pauvreté et la déconsidération sont donc supportables pour Sénèque.

Lorsque nous partons en exil nous emportons avec nous deux choses essentielles : la vertu et la nature universelle. Les deux seules choses qui nous suivent partout et qui sont les plus importantes.  Les possessions sans importances, elles sont laissés au départ. Ces deux choses sont les seules qui ne peuvent être volés. En liberté comme en exil ou même en prison, nous les possédons. 

 

Sénèque sur la mort et sur le deuil

Deuil et stoïcisme

Deuil et stoïcisme

Sénèque écrit à Marcia qu’il ne faut pas éprouver de trop grandes peines lorsqu’on perd un proche, ce qui peut paraître très cru mais est en réalité raisonnable. Tout d’abord il explique que les gens regrettent moins ce dont ils n’ont tirés aucun plaisir ni aucune joie ; personne ne regrette le jour où après 2 mois on peut enfin retirer le plâtre d’un bras cassé, les jolis dessins certes sont perdus, mais on retrouve l’usage de notre bras. Dans le cas d’un proche nous avons généralement en tête de beaux et joyeux souvenirs. Alors nous ne devrions pas nous plaindre de la perte subit mais plutôt nous réjouir de la chance que nous avons de côtoyer cette personne et d’avoir partagé des moments avec elle. Il considère que la perte est largement compensée par le bonheur qui a été partagé du vivant de la personne, avoir pu l’aimer est en soit une récompense suffisante qui devrait éloigner de nous la peine.

Et là vient une opposition légitime : « Mais j’aurais pu en profiter plus longtemps et d’avantage ! » Sénèque répond simplement :  » Si on nous donnait le choix entre ne pas être heureux très longtemps, et ne jamais l’être, mieux vaudrait un bonheur prêt à s’envoler que pas de bonheur du tout. » Nous devrions reconnaître que nous aurions pu connaître cette personne pendant beaucoup moins longtemps, et même ne jamais l’avoir connue. Ainsi Sénèque conseille d’être reconnaissant pour le temps offert avec elle.

 

La mort est naturelle

La mort est une chose naturelle, une étape de la vie, une étape non pas définie par la société comme le serait les étapes du mariage, de notre première voiture… Mais plutôt une étape imposée par la nature à tout être vivant, on ne peut donc pas y échapper, c’est un fait. Pourquoi alors vouloir lutter en repoussant l’idée que la mort peut surgir demain, à tout moment. Il faudrait accepter cette idée pour économiser son énergie et s’éviter une perpétuelle frustration. Et le fait que la mort soit naturelle la rend donc supportable aux hommes, elle est pénible mais supportable : « Qui dit que ce n’est pas pénible ? Mais c’est inscrit dans la condition humaine. On est né pour voir les autres mourir, pour périr soi-même […] »

Sénèque à dit  » Méditer la mort, c’est méditer la liberté ; celui qui sait mourir, ne sait plus être esclave » Comprendre qu’en acceptant la mort on se sépare de frustrations et du malheur occasionnés par l’idée qu’on puisse ne plus être, nous ne sommes plus soumis à ces frustrations et sommes libres de vivre.

Une souffrance collective

Sénèque explique à Marcia qu’il ne faut pas qu’elle se croit victime des dieux car tous le monde souffre, il y a toujours quelqu’un qui aura plus souffert que nous : « Regarde, te dis-je, partout autour de toi : tu ne me citeras pas une seule famille assez malheureuse pour ne pas trouver réconfort dans l’existence d’une famille plus malheureuse qu’elle ». Evidemment l’idée n’est pas de trouver réconfort dans le malheur des autres, mais plutôt le considérer afin de voir que le monde ne s’acharne pas contre nous, mais qu’il est simplement fait de cette façon. Et considérer le malheur des autres peut aider à prendre conscience de cela.

Il faut être fier et heureux d’avoir été frère, ami, père, fils de la personne décédée et ne pas chercher à taire son nom pour égoïstement réduire notre peine. Une autre idée très importante est qu’en regrettant ce qu’on a perdu brusquement, on est injuste envers ce qu’il nous reste. Notre famille, nos amis sont toujours là et on les laisse de côté. Mais si nous n’en prenons pas soin maintenant, et laissons de côté le bonheur possible maintenant à leurs côtés alors les regrets seront bien réels lorsqu’ils sera trop tard et que eux aussi à leur tour finiront sous terre.

 

 

Nous sommes responsable de nos choix

Sénèque prend l’exemple d’un voyageur qui souhaiterait se rendre jusqu’à la cité de Syracuse. On lui dirait les avantages du voyage : magnifiques paysages… et les inconvénients : de nombreux bateaux coulent sur le chemin… Dès lors si il décide de poursuivre son voyage et qu’il lui arrive malheur, il ne pourrait légitimement pas se plaindre de personne d’autre que lui même car il a fait ce voyage en connaissance de cause.

C’est la même chose pour la perte d’un proche. Lorsqu’on choisit un ami, ou d’avoir un enfant on ne peut pas ignorer qu’il va mourir un jour ou l’autre, car c’est une chose de la nature. Sénèque dit de la nature qu’elle ne trompe personne. Si on choisit d’avoir un enfant on doit aussi avoir conscience qu’il peut devenir une personne de bien, peut être un homme illustre qui sait mais il peut aussi virer de bord pour devenir un tyran, nous faire honte, et pour finir mourir. Avant de faire son choix il faut avoir conscience de cela.

 

 

Conclusion

La mort, la souffrance et l’adversité sont des choses naturelles, elles font partie de la condition humaine et sont donc supportables. Des exercices stoïciens peuvent aider à en prendre conscience et les surmonter.

 

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Liens / documentation

Biographie de Sénèque ; http://www.seneque.info/biographie.html

Tour de Sénèque en Corse : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tour_de_S%C3%A9n%C3%A8que

Un extrait en PDF est disponible ici : http://www.bouquineux.com/?telecharger=1054&S%C3%A9n%C3%A8que-Consolation_%C3%A0_Marcia

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